Vincent Hall

Vincent Hall

A l’issue de la soirée, un des présents – jamais vu auparavant mais qui m’avait intrigué à griffonner fébrilement en se cachant de ses voisins – est parti précipitamment. Je l’ai suivi et de sa poche a glissé une feuille que j’ai ramassée et dont je vous livre la teneur.
Elle est sur en-tête de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) ex Renseignements Généraux…
Objet : Réunion d’individus à surveiller
Nous sommes arrivés sous couvert d’une éventuelle adhésion, et visiblement ce groupe n’est pas regardant sur les participants.
Pas bien compris le détail de leurs discours, mais clairement ils préparent des actions car j’ai noté à plusieurs reprises qu’ils parlaient de « recettes », sans que je ne puisse déterminer celles qui sont visées, mais cela les préoccupe beaucoup. La plupart des questions tournent autour de ces « recettes », et même sur « la façon de se recetter » qui est un sujet majeur pour eux ; j’avoue ne pas avoir compris cette expression qui doit être un code.
Le premier intervenant, un dénommé Fabrice, dont les activités le nourrissent visiblement bien, était venu avec une valise suspecte contenant des mallettes contenant elles-mêmes des boites contenant de multiples objets dont il a besoin pour travailler. Ils semblent tous parler français pourtant il a recommandé le livre « les anti-fautes de conjugaison » chez Larousse qui leur serait très utile, à moins que là encore il ne s’agisse d’un moyen de se transmettre des messages secrets.
Cette bande prépare un coup (ils appellent ça une « presta ») car ce Fabrice a expliqué dans le détail la façon de « préparer le terrain », d’ « observer les lieux et le personnel pour opérer sans être dérangé et sans déranger »…Il a beaucoup insisté sur le fait de ne pas arriver au dernier moment sur place, de visiter la salle, comprendre la disposition des tables, de se renseigner sur le type de public et le menu qui sera servi pour connaître les créneaux d’interventions, et aussi d’arriver correctement habillé, sans doute pour rassurer les futures victimes …
Et il a détaillé la façon de « se charger » avec toute une série d’objets hétéroclites sans avoir besoin de retourner à sa valise, tout en proposant des manipulations différentes à chaque table.
Ce Fabrice a appelé sur scène un gaillard nommé Nicolas, qui venait pour la première fois mais fait partie d’une autre bande à surveiller aussi « les amis de la magie » (j’avoue avoir craint qu’il ne me hèle à mon tour, à part les menottes que j’ai toujours sur moi qui m’auraient peut-être dénoncé, je n’avais rien à présenter).  C’était pour qu’il explique sa façon d’aborder les tables. On suppose donc qu’ils opèrent dans les restaurants et les casinos pour plumer les pigeons. Celui-là a mentionné sa façon de faire, en débutant par un tour raté destiné à faire rire et attirer l’attention.
Un troisième larron, un certain Françis a ensuite pris la parole pour expliciter la façon ingénieuse dont il a fabriqué des « servantes » ou des paniers à partir d’un trépied acheté au Bazar de la Magie, un autre lieu à inspecter (d’autres participants ont indiqué avoir choisi des trépieds de batterie). Ce quidam sera à suivre de près car il a avoué faire de nombreux achats en magasins de bricolage : boulons, plaques de bois etc. Toutes choses pouvant servir de projectiles.
Enfin un dernier complice, particulièrement dangereux aussi même s’il parait un peu chétif, a partagé ses connaissances. Son nom de code est Cocodenoix, et il a commencé par reconnaître porter un gilet, qui n’est pas jaune certes mais sans doute s’agit-il d’un leurre, d’autant que ce gilet de limonadier dispose d’une quantité de poches inimaginable.
Et il a montré sans vergogne et en souriant même, qu’il les bourre littéralement de multiples projectiles potentiels : des anneaux, des cd, des perles, des pièces, des jeux de cartes (curieusement sans étui), des briquets et des mèches inflammables qu’il fabrique lui-même (on le pincera facilement : elles sont dans des enveloppes à son nom, écrites de sa main) , des chaînettes, du scotch double face et des armes même puisqu’il a exhibé -outre son Damart- des ciseaux et du liquide à bulles…
Toutes choses qui lui permettent de présenter des effets différents à chaque table pendant 5 ou 6 tables sans jamais avoir besoin de revenir à sa caisse à outils pour reprendre du matériel. Et lui aussi a cette obsession de la « recette » pour pouvoir poursuivre son tour sans « recharger » (ce qui montre bien que ces gens sont armés).
Cet individu a avoué aussi voler des serviettes en papier sur le lieu de ses « prestas » pour impressionner les convives en déchirant et reconstituant leur serviette.
Il connait son affaire le bougre, car il a expliqué que les tables, accueillant autrefois 6 personnes en comptent aujourd’hui jusqu’à 12 pour rentabiliser l’espace, si bien que ces suspects doivent veiller 1/ à ne pas avoir besoin de poser des objets dessus car ils n’ont pas de place, 2/ à ne pas être trop encombrés de matériel pour pouvoir se faufiler de place en place.
Un dénommé Gambin, qui lui travaille en T-shirt a évoqué un ancien complice, Kassagi, qui de son temps avait la place de déposer sa mallette-guéridon  sur le côté des tables à l’aide d’un cerceau de seau à champagne qu’il avait bricolé.
Bref toutes ces personnes doivent faire l’objet d’une attention toute particulière et des photos ont été prises pour cela, que je joins à mon rapport.
Il semblerait utile de renouveler cette surveillance, car ils se réunissent très régulièrement (au moins deux fois par mois).
J’ai entendu enfin qu’une grande assemblée se tiendra le 7 janvier prochain, au cours de laquelle ils ne se contenteront pas de parler de leurs méthodes et de leur matériel mais ILS PASSERONT A L’ACTION : soyez-y ! 
Vincent Hall

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